HAITI

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HAITI

Message par rachel le Ven 13 Fév - 9:42

Source " Forum des ami_e_s de Lutte Ouvrière " , lu ce 13 février 2oo9




HAITI : NOUS PUBLIONS CI-DESSOUS UN ARTICLE DU JOURNAL. TROTSKYSTE HAITIEN « VOIX DES TRAVAILLEURS » (organe de l'OTR)
SE POU NOU KAPOTE TAB LA !

Ça y est, avec la rentrée parlementaire du deuxième lundi de janvier, la machinerie politique se met à ronronner. Sénateurs et députés se succè­dent aux radios pour opiner sur tout et n'importe quoi, pour justifier d'obscures manoeuvres déployées en vue du renouvel­lement du bureau du Sénat ou pour prépa­rer des élections à la haute assemblée au mois d'avril. Le Premier ministre se prépare à présenter le bilan de son gouver­nement, le président de la République à faire connaître ses vues sur la situation et à mettre en route la révision de la Consti­tution. La presse étale complaisamment le lourd Agenda de la session parlementaire. Vous vous rendez compte : il faudra voter 32 projets de loi, 5 avant-projets de loi, 2 propositions de loi et 11 traités, conven­tions et accords internationaux. Que la vie est dure, pour ces Messieurs et Dames du Parlement !

Mais quel rapport entre cette agitation parlementaire et la vie réelle ? Que changeront les lois votées à la vie des femmes et des hommes des classes popu­laires ? Rien. Même la dérisoire proposi­tion d'augmentation du salaire minimum traîne. Ceux qui s'intitulent« représentants du peuple » légifèrent, le gouvernement gouverne, mais pour qui ?

Quel est le travailleur qui aurait la naïveté de croire que, parmi les lois votées, il y en aura pour alléger leur exploitation, pour leur assurer un salaire permettant de vivre et pas seulement survivre, pour diminuer leur horaire ou pour rendre leur travail moins pénible ? Quel est celui, parmi l'écrasante majorité des travailleurs des villes qui vivent de petites activités occasionnelles ou qui, petites marchandes, espèrent d'une journée passée à attendre le chaland qu'elle rapporte au moins de quoi manger le soir, qui peut penser que parmi les lois, il y en aura pour créer des emplois dans les services publics, utiles pourtant pour tous et qui leur assurerait un salaire stable ? (Comment même en rêver lorsque même ceux qui ont un emploi dans la voierie doivent se battre, comme ceux de Carrefour, pour qu'on leur paye ce qu'on leur doit ?)

Quel rapport aussi entre l'agitation parlementaire et la vie de ces paysans de la localité «Les Roches » auxquels « Le Nouvelliste » consacre une page de reportage dans son édition du 12 janvier, sous le titre « peur, misère et désespoir ». « La misère et le désespoir se lisent à première vue sur le visage des habitants, frappés par l'insécurité alimen­taire. Dans cette localité de Fonds parisiens, troisième section communale de Ganthier, environ 3000 personnes vivent dans des conditions exécrables. Sans latrines ni eau potable...ces êtres humains ne voient même pas l'ombre d'un centre de santé dans leur zone. Le « marché public » fonctionne dans le lit de la rivière « Lastic » dont l'eau est utilisée à toutes fins utiles »... et qui, en cas de crue en saison pluvieuse, emporte tout sur son passage.

Et combien d'autres villages comme Les Roches dans le pays ? Combien de paysans meurent d'une maladie pourtant facile à guérir, d'une crue que l'on na pas eu le temps de fuir en grimpant dans les mornes ou simplement, de faim ?

Ils n'ont rien à attendre de l'Etat et de ceux qui gouvernent et légifè­rent, rien sinon des coups.

Parlant des paysans, l'éco­nomiste et sociologue Gérard Barthelémy donnait pour titre d'un de ses ouvrages « Le pays en dehors ». On serait tenté de dire que c'est la grande majorité des classes populaires qui sont aujourd'hui ce «pays en dehors ». Un pays qui n'a rien à voir avec le pays officiel, celui où quel­ques centaines de bourgeois font et refont des fortunes et où s'agitent stérilement quelques milliers de notables, de hauts fonctionnaires de députés, de sénateurs et de ministres.

Et pourtant, il ne serait pas juste de dire que les uns n'ont rien à voir avec les autres. Car ceux, notables et politiques qui occupent bruyamment les devants de la scène, tout comme les riches possédants qui leur commandent ne vivent que grâce au travail des autres, de ceux qui n'ont rien, grâce aux travailleurs, ceux de la zone industrielle comme ceux qui s'activent dans des ateliers, dans les boutiques ou dans la rue, grâce aux paysans et aux petites marchandes.

La société haïtienne prend de l'eau de toutes parts. Tout ce qui dépend de l'Etat, routes, voieries, écoles et hôpitaux, tombe en ruine. Rien n'est fait contre les catastrophes naturelles car rien n'est fait même pour les problèmes de la vie normale. Ceux qui ont une position sociale, de par leurs richesses ou de par leur poste dans les sphères dirigeantes de l'Etat, n'amènent rien à la société. Don­ner, ils n'y songent même pas, ils ne savent que prendre. Leur seule préoccu­pation est ce qu'ils peuvent s'approprier, par l'exploitation, par le vol ou par la corruption. Quant aux élites intellectuels, même les meilleurs d'entre eux, c'est-à-dire ceux qui ont assez de dignité pour ne pas se vendre aux riches et assez de courage pour ne pas abandonner le pays pour refaire leur vie aux Etats-Unis ou ailleurs, ils constatent le naufrage mais, impuissants, ils se contentent de geindre.

Si la société survit quand même, si elle est un minimum structurée, c'est grâce aux classes populaires, exploi­tées, opprimées, méprisées. La régénéra­tion de la société haïtienne ne peut venir que d'elles, pas de ceux qui la démolissent jour après jour. Et elle viendra lorsque les classes exploitées prendront conscience qu'elles peuvent prendre collectivement la direction de la société, qu'elles peuvent chasser les parasites qui dévorent le pays, exproprier les patrons de l'industrie, du commerce de gros et des banques pour réorganiser la produc­tion en fonction des besoins de la majori­té pauvre et exercer un pouvoir démocra­tique qui ne soit pas coupé du peuple et soumis à la corruption.

Aristide, à l'époque où il avait incarné l'espoir des classes populai­res, avant que, arrivé au pouvoir, il devienne comme les autres, un représen­tant des gros mangeurs et gros mangeur lui-même, avait dit une fois : Se pou nou kapote tab la.

Chez Aristide, l'affirmation n'a été qu'un slogan. Les travailleurs, à la tête des masses pauvres, peuvent en faire une réalité.

rachel
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