Les " anti-consommation(s) " ?

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Les " anti-consommation(s) " ?

Message par rachel le Lun 26 Sep - 17:37

Les anti-consommation veulent changer le monde hors des partisLE MONDE | 24.09.05 | 12h36

Jeanne, 23 ans, fait partie de ceux qui ont commencé à tracer leur engagement politique à coups de marqueurs, barrant rageusement les
publicités du métro parisien, à l'hiver 2003. Dans un restaurant associatif à peine plus grand qu'un local de syndicat universitaire, en
plein coeur du quartier de Belleville, à Paris, elle est accoudée à une longue table en bois rafistolée et se souvient de sa première "action
directe" : "J'étais impressionnée et excitée. J'avais enfin trouvé le moyen d'agir politiquement sans qu'un autre le fasse à ma place."

Dans cette cantine où l'on se sert soi-même dans la cuisine, une trentaine de jeunes, de 20 à 30 ans pour la plupart, passent la soirée à
discuter des faucheurs d'OGM, de la flambée du prix du pétrole et de l'huile végétale, qui peut "remplacer l'essence de nos voitures sans
problème" . Ils font partie de RAP (Résistance à l'agression publicitaire) ou de mouvements libertaires.

Ici, il arrive que l'on croise d'autres militants anti-consuméristes, ceux qui organisent les opérations de barbouillage de panneaux
publicitaires, des actions de boycott, le dégonflage des pneus de 4 × 4 ou participent aux parodies de messes en pleine rue, dans une imaginaire "église de la Très Sainte Consommation".

Depuis la fin des années 1990, ces groupes tels que les anti-4 × 4, qui militent contre les véhicules tout-terrain en ville, Vélorution, qui
plaide pour le remplacement de la voiture par la bicyclette, ou Chiche !, un groupuscule de jeunes écologistes, se multiplient, dessinant une
mosaïque de tendances, à l'image des altermondialistes. Parmi les anti-consuméristes coexistent des écologistes purs et durs, qui vivent
sans voiture, sans télé, sans réfrigérateur ; des anarchistes nomades ou squatteurs ; des procéduriers, coutumiers des prétoires.


MARQUEURS ET NEZ DE CLOWN

Leur point commun ? La volonté de militer à gauche "hors du carcan des partis" , pour se retrouver lors de manifestations avant tout
"ludiques". Armés de marqueurs indélébiles, de tracts réalisés sur leurs ordinateurs individuels, portant parfois des nez de clown, ils remettent en cause la société de consommation, dans la lignée des mouvements de Mai 1968, mais dans un contexte économique infiniment plus difficile que celui qu'ont connu leurs parents.

Contre le productivisme, ils dénoncent une société fondée sur une consommation exponentielle dont la seule référence est la croissance.
Depuis les années 1970, les livres de chevet n'ont pas changé : La Société du spectacle , de Guy Debord ; 1984 , de George Orwell. Mais,
loin des barricades de Mai, ce sont désormais les mouvements anti-OMC de Seattle (1999) et anti-G8 de Gênes (2001) qui sont devenus les
références fondatrices de ce nouveau militantisme. Autre élément déclencheur : la parution de l'ouvrage No logo , de la journaliste
canadienne Naomi Klein, qui fustige la "tyrannie des marques" .

"Tous les opposants au néolibéralisme se retrouvent autour de la lutte contre la publicité, perçue comme le carburant du système capitaliste actuel", explique Sébastien Darsy, auteur du Temps de l'anti-pub (Actes Sud, 2005). Entre les anti-4 × 4, les anti-télé, les pro-vélo et les anti-panneaux d'affichage, les frontières sont donc floues et mouvantes, les liens multiples et informels.

"Les collectifs se créent, puis disparaissent , explique Ludovic Prieur, coordinateur du site Internet Hactivist News Service (HNS), l'une des
sources d'information de ces groupes. Certains s'engagent dans la lutte anti-pub ; demain, ils seront des anti-4 × 4. On passe de territoire de
lutte en territoire de lutte ." De la même façon, les liens avec d'autres groupes européens semblables relèvent plus de relations interpersonnelles que de réseaux structurés et coordonnés. "Nous avons des relations ponctuelles, lors de l'organisation de certaines
manifestations : l'Euro May Day -un 1er mai "dissident" contre la précarité-, la Journée sans marq ues ..., reprend Ludovic Prieur. Puis
chacun repart chez soi. C'est une précarité positive !"


"ZAPPING" DES ENGAGEMENTS

Ce "zapping" des engagements reflète le fonctionnement de cette nébuleuse, comme si Internet venait transformer les formes
traditionnelles du militantisme. "L'information circule très vite à l'aide de blogs, de newsletters, d'e-mails, explique Philippe Colomb,
président de Vélorution. On prévient tout le monde et on agit." Mais la liberté de l'engagement a un prix : "Il y a beaucoup de turnover. Notre
militance est difficile à tenir dans la durée" , déplore-t-il.

Ces militants volatils ont pourtant leurs élites. La tonalité libertaire est notamment donnée par Yvan Gradis, principal contributeur de la revue Le Publiphobe et cofondateur de RAP. Il suffit de passer au local de l'association, à Vincennes (Val-de-Marne), pour découvrir les autres référents. Sur les étagères proprettes, on trouve pêle-mêle les écrits des penseurs de la "décroissance", Serge Latouche, professeur de sciences économiques à l'université Paris-IX, François Brune, professeur de lettres, et Paul Ariès, professeur de sciences politiques à Lyon-II. Tous signent dans la revue publiée par Casseurs de pub, La Décroissance , dont le concept éponyme définit la volonté d'en finir avec la croissance économique, perçue comme la source de catastrophes écologiques et sociales. Ces auteurs sont les "anciens" du mouvement, selon Sébastien Darsy. "Ils ont posé des jalons intellectuels, et captent des jeunes, plus activistes."

Reste que les nouveaux venus ont innové, notamment en important les formes de militantisme "ludiques" d'Amérique du Nord : celles
d'Adbusters ­ littéralement, "casseurs de pub", précurseurs du détournement artistique des affiches publicitaires ­ et celles de Reclaim the Streets, mouvement pour la "réap propriation des rues".

A leur manière, les nouveaux militants anti-consommation rappellent à tous crins leur besoin de fantaisie. Comme en témoignent
Jean-Christophe, 28 ans, chômeur, aujourd'hui salarié de RAP, et Roger, 30 ans, ingénieur en électronique, licencié de son entreprise il y a
quelques mois. Très investis dans le mouvement, ils se disent aussi membres de la "génération précarité" .

Audrey Garric et Adeline Percept
Article paru dans l'édition du 25.09.05



Pour en savoir davantage
Ouvrages d'analyse sur ce type de mouvement :


­ La France rebelle, sous la direction de Xavier Crettiez et Isabelle Sommier, 2002, Ed. Michalon, 570 pages.

­ Le Temps de l'anti-pub, Sébastien Darsy, 2005, Ed. Actes Sud, 236 p.

Références idéologiques :­ No logo, la tyrannie des marques, Naomi Klein, 2000, Ed. Actes Sud, 574 p.

­ Démarque-toi ! Petit manuel anti-pub, Paul Ariès, 2004, Ed. Golias, 192 pages.

­ Putain de ta marque !, Paul Ariès, 2003, Ed. Golias, 526 pages.

­ Casseurs de pub, Raoul Anvélant, Paul Ariès, François Brune, Denis Cheynet, 2004, Ed. L'Aventurine, 300 pages.

Revues : Casseurs de pub et la décroissance ; Le Publiphobe.

Sites des groupes : http://www.casseursdepub.org http://www.anti4x4.net


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Les politiques traditionnels regardent avec circonspection ces actions qui frôlent parfois la désobéissance civile
LE MONDE | 24.09.05 | 12h36

Les militants de l'anti-consumérisme se disent le plus souvent "de gauche" , en premier lieu proches des mouvances écologistes et
anarchistes. Mais demandez à Bruno Clémentin, cofondateur de l'association Casseurs de pub, ancien membre des Verts, ce qu'il pense
du Parti écologiste. Il vous répondra sèchement que celui-ci "n'est pas à la hauteur de ses ambitions" . Ou encore à Ludovic Prieur,
coordinateur d'un site Internet anti-consumériste, Hactivist News Service, ce qu'il pense des partis classiques de gauche : "Je n'ai rien
à voir avec ces gens-là."

La plupart des militants de ces groupes vous expliqueront ensuite que leur mode d'action leur permet d'échapper, justement, au "carcan des partis et des organisations politiques traditionnelles" , qui incarnent à leurs yeux l'immobilisme et le manque de radicalisme.

Dans un contexte de désaffection pour les formations politiques classiques, au moment où les rangs des adhérents sont clairsemés, les
anti-consommation revendiquent une nouvelle forme de militantisme, débarrassée des rouages d'une structure officielle, simplifiée par la
facilité de communication que permet désormais Internet.

De leur côté, les leaders politiques regardent les tenants de cette nouvelle action directe d'un oeil intrigué. A la Ligue communiste
révolutionnaire (LCR), Alain Krivine juge leurs actions "positives" , de même que Franck Pupunat, leader du courant Utopia, qui relaie ces idées au sein du Parti socialiste. Pour Sergio Corronado, porte-parole des Verts, "ces mouvements suscitent chez nous de l'empathie et une
interrogation sur notre propre façon de faire de la politique. C'est une forme d'expression salutaire."

Plus sceptique sur ces nouveaux modes d'action cependant, Pirouli, un anarchiste de l'Offensive libertaire et sociale (OLS), affirme que
l'action des anti-consommation ne peut pas remplacer un mouvement militant structuré : "Certains ont intériorisé le langage de la pub
elle-même, qui consiste à dire : je peux barbouiller quand je veux, comme je veux. Aucune lutte ne peut fonctionner comme cela, sans
continuité ", insiste-t-il. "D'ailleurs, les actions de masse des anti-consommation ­ comme les barbouillages d'affiches de l'hiver 2003
qui se sont soldés par des arrestations ­ ont été structurés par les intermittents du spectacle en grève et ceux qui ont lutté pour les
retraites" , ajoute-t-il.

Ces clivages n'empêchent pas les organisations politiques ­ essentiellement les Verts ­ et les associations ­ Attac­ de soutenir les
anti-consuméristes dans le cadre de leurs actions légales. Ce mois-ci, cette dernière s'est associée à Casseurs de pub dans le Mouvement pour une rentrée sans marques, un appel au boycott des marques et à l'organisation de forums de discussion dans les écoles.

A titre individuel, la frontière est bien plus poreuse : certains militants encartés LCR, Verts, Attac et les libertaires structurés en groupes politiques participent aux actions coups de poing des anti-consuméristes.

Si elles sont illégales, les frondeurs sont appelés toutefois à se faire discrets : "Certains membres d'Attac, dans les groupes locaux,
n'hésitent pas à participer à des arrachages d'OGM ou à des barbouillages , explique Thierry Brugvin, membre de la commission
scientifique d'Attac, en charge du commerce éthique. Mais ils ne peuvent pas le faire au nom de l'organisation. Le débat sur la désobéissance civile n'a pas été tranché par le conseil national." Ni par le conseil national d'Attac ni par les instances dirigeantes des partis traditionnels. La question de la désobéissance civile semble dessiner le principal clivage entre les structures traditionnelles et ce nouveau militantisme.

Lors des actions, la discrétion des organisations traditionnelles arrange aussi des anti-consuméristes qui ont d'abord le souci de ne pas
"se faire récupérer" . Mais certains groupuscules tentent, à l'inverse, d'influencer les partis par la diffusion des idées, voire par une
technique d'entrisme, comme l'illustrent les propos de l'offensif président de Paysages de France, Pierre-Jean Lahousse : "Pour être
efficaces et porter des coups à ceux qui menacent le paysage, certains de nos militants sont ouvertement Verts ou soutiennent d'autres partis écologistes. Nous sommes une machine de guerre."

Audrey Garric et Adeline Percept
Article paru dans l'édition du 25.09.05



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Les Dégonflés ciblent les 4 × 4 avec "des méthodes de gosses"

LE MONDE | 24.09.05 | 12h36


Le "sous-adjudant Marrant" a fixé le rassemblement des troupes dans un bar du VIe arrondissement de Paris. Le jour, le jeune homme de 28 ans ­ qui s'est lui-même trouvé ce titre pseudo-militaire ­ est étudiant. La nuit, il dirige un petit commando armé de pompes à vélo et de sacs de boue et affublé d'un drôle de nom : Les Dégonflés.


La troupe a sévi trois fois, dans les rues de Paris, au cours des deux dernières semaines. Leur cible ? Les 4 × 4, ces véhicules tout-terrain
que l'on trouve désormais en pleine ville. Les pneus de vingt-deux 4 × 4 ont ainsi été dégonflés, lors de descentes organisées le 30 août et le 6 septembre. Une dizaine de 4 × 4 ont été maculés de boue, le 13 septembre.

Ce soir-là, la petite bande a choisi le lieu de l'attaque : le quartier Montparnasse. Sur le chemin, les jeunes gens scrutent les voitures et
finissent par découvrir la cible idéale, un énorme Land Rover bleu métallisé. Quelques Dégonflés saisissent la boue à pleine main et en
maculent les vitres et la carrosserie. "Puisque ces véhicules ne vont jamais à la campagne, nous allons la leur apporter" , proclame un jeune
homme de 25 ans, barbe et cheveux longs, surnommé le "sur-adjudant Gachet".

Un tract parsemé de fautes d'orthographe est coincé sous l'essuie-glace : "Cette campagne utilise des méthodes d'action directe qui restent contestables . Il est clair que, dans une société de droit, il est préférable de ne pas se faire justice soi-même, considérons qu'il s'agit là d'une légitime défense."

Les cibles ont été choisies avec précaution, de préférence loin des habitations. "Nous n'avons pas envie de nous faire tabasser. Et puis,
nous ne nous nommons pas Les Dégonflés pour rien !" , s'exclame Urbain. Le garçon, qui vient de débuter dans le groupe, a rencontré Eric, Lili, Julien, Guillaume, Mathilde et les autres lors des mouvements de protestation contre Jean-Marie Le Pen, le 21 avril 2002. Depuis, ils se
sont croisés régulièrement au cours des manifestations anti-guerre et des mouvements étudiants de 2003. Cette galaxie de copains activistes a fini de se souder en participant aux actions antipub du métro parisien, qui ont valu à quelques-uns d'entre eux d'être condamnés par la justice en 2004.


LE "SUR-ADJUDANT GACHET"

Parmi eux, une vingtaine sont maintenant membres des Dégonflés. Et ils ont entre 20 et 33 ans. Essentiellement des garçons. Pour une grosse moitié, des étudiants parisiens en architecture, histoire, photographie ou... marketing. L'autre moitié travaille ou, plus souvent, cherche un emploi.

"Nous venons pour la plupart d'un milieu petit-bourgeois, excepté quelques-uns issus de familles plutôt défavorisées" , assure le"sur-adjudant Gachet". Leur leitmotiv : l'écologie et l'anti-productivisme, qu'ils déclinent de façon variée.

Les uns militent ou ont milité dans des partis politiques : au PS à la LCR ou encore à La Souris verte (écologistes). Les autres agissent au
sein d'associations, notamment anti-automobiles. Et quasiment tous, aujourd'hui, se situent en marge de la politique traditionnelle, qu'ils
jugent inefficace et à laquelle ils opposent l'action directe. " Nous voulons nous saisir de débats de société face auxquels les hommes
politiques sont impuissants, pour les mettre sur la place publique et éduquer les gens , explique Eric, un rouquin de 32 ans sans emploi.
C'est un beau symbole que de stigmatiser les 4 × 4 avec des méthodes de gosses."

Audrey Garric
Article paru dans l'édition du 25.09.05


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Re: Les " anti-consommation(s) " ?

Message par Proudhon le Dim 9 Oct - 15:30

C'est très bien de leur part. Je ne sais pas si c'est efficace dans le temps, mais c'est déjà un engagement.

A noter que le livre de Naomi Klein "No Logo" est à lire absolument pour ceux que la dictature de la marque intéresse.
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