"Nature" dénonce les conflits d'intérêts des exper

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megere "Nature" dénonce les conflits d'intérêts des exper

Message par Proudhon le Dim 23 Oct - 18:35

La revue "Nature" met au jour les conflits d'intérêts des experts médicaux chargés de recommandations

Une partie des experts médicaux qui rédigent les règles de bonne prescription des médicaments ont des liens financiers avec l'industrie pharmaceutique. C'est la conclusion d'une enquête menée par la revue scientifique britannique Nature publiée dans son édition du 20 octobre.

Sur un total de 685 auteurs, impliqués dans plus de 200 textes de recommandations, 35 % de ceux ayant effectué une déclaration avouent un conflit d'intérêts, quelle qu'en soit la forme, entre leur tâche d'expert et le fait d'avoir reçu une rémunération par un laboratoire concerné par le sujet abordé.

La place croissante réservée à la médecine fondée sur les preuves ("Evidence-based medicine" ) a conduit les institutions médicales et sociétés savantes à formuler de plus en plus de recommandations sur les bonnes pratiques de prise en charge des maladies. Ces règles sont rédigées sur la base d'essais cliniques et précisent les classes thérapeutiques ou les médicaments les plus indiqués dans ces pathologies.

Nature a examiné 215 textes, émanant du monde entier, recensés en 2004 dans la base de données américaine sur les recommandations pour la pratique clinique. Sur ce total, seulement 90 documents détaillaient individuellement les éventuels conflits d'intérêts. Parmi les 90 documents, 31 mentionnaient l'absence de tout lien financier déclaré.

Ce dernier peut prendre des formes diverses, sachant qu'un même expert peut être lié de plusieurs manières à un ou des laboratoires. Sur les 90 documents fournissant une information sur d'éventuels conflits d'intérêts, Nature a relevé 45 cas (50 %) où au moins l'un des auteurs occupait un poste de consultant auprès d'un laboratoire concerné. Une proportion identique pour les cas d'auteurs ayant perçu d'une firme pharmaceutique un financement pour une activité de recherche. Dans 39 cas (43 %), l'un des experts avait été rémunéré comme orateur et dans 10 cas (11 %), l'un au moins des médecins détenait des actions en Bourse d'une firme.

COLLUSION

Deux tiers (445) des 685 auteurs ne déclaraient aucun conflit d'intérêts. A l'inverse, 143 experts (soit 21 % du total) indiquaient avoir un rôle de consultant, 153 (22 %) mentionnaient une allocation de recherche, 103 (15 %) précisaient intervenir comme orateurs lors de manifestations organisées par un laboratoire et 16 (2,3 %) confessaient posséder des actions d'un laboratoire concerné.

Finalement, plus d'un tiers des experts déclaraient au moins un lien avec un laboratoire pharmaceutique. Un taux qui relativise l'argument selon lequel un seul auteur ne pourrait suffire à dévoyer l'évaluation réalisée collectivement par un groupe d'experts. D'autant que les déclarations de conflits d'intérêts sont faites sur une base volontaire, ce qui laisse la place à des omissions.

L'organisation non gouvernementale américaine Center for Science in the Public Interest a enquêté sur les recommandations concernant l'hypertension artérielle émises aux Etats-Unis en 2004. Un seul auteur signalait un conflit d'intérêts, mais l'ONG a découvert que quatre autres auteurs avaient perçu des financements de la part de laboratoires commercialisant des antihypertenseurs.

Nature a découvert un exemple éclairant de collusion à propos de recommandations sur le traitement de l'anémie chez les personnes infectées par le virus du sida. Le groupe d'experts avait été constitué par un chercheur réputé dans le domaine du sida, le docteur Paul Volberding, qui est aussi vice-président du département de médecine de l'université de Californie à San Francisco. Le laboratoire Ortho Biotech, une firme pharmaceutique du New Jersey, était à l'initiative de ce groupe. Il en a financé les réunions et a rémunéré ses six membres, y compris le docteur Volberding. Publiées en 2004 dans une revue spécialisée sur les maladies infectieuses, les recommandations faisaient la part belle à un médicament commercialisé par le laboratoire Ortho Biotech.

Comme le rapporte Nature , les organismes émettant des recommandations se défendent en expliquant que l'existence d'un lien avec l'industrie ne signifie pas que l'avis de l'expert soit biaisé. Mais la revue rappelle la critique selon laquelle "l'influence exercée par l'argent de l'industrie est inconsciente, mais puissante" .

Elle se félicite qu'en Grande-Bretagne, même s'il emploie des experts dont certains ont des conflits d'intérêts, le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE, "Institut national de la santé et de l'excellence clinique") soit financièrement indépendant de l'industrie pharmaceutique. Ce n'est pas le cas en France de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), dont la majorité du budget vient des redevances versées par les laboratoires pour études de dossiers.
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